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Histoire de l’UNEF

1907-2007 : Un siècle d’histoire !

1877-1907• Les premières Associations générales

Au sortir de la Guerre de 1870, l’université française n’est plus l’université impériale telle que l’avait créée Napoléon Ier. Pour autant, elle conserve encore de nombreux archaïsmes. Les bacheliers représentent moins d’1% de leur classe d’âge en 1880, et en dehors des facultés de Droit, de Médecine qui forment des juristes et des médecins, les autres facultés sont surtout des lieux d’aimables causeries. Le corps professoral est essentiellement requis pour faire passer les épreuves du baccalauréat. Cette situation est inacceptable pour les Républicains qui arrivent au pouvoir à partir de 1879. Pour eux, il ne suffit pas de réformer l’École, ce mouvement doit aussi transformer l’Université. Au-delà de la réforme des enseignements, il faut aussi revivifier la vie universitaire. La première association des étudiant-e-s est la Société générale des Étudiants de Nancy qui se constitue en 1877, sous la présidence d’Auguste Leclaire. En 1881, se crée l’Union lilloise des étudiants de l’État ; en 1884 l’Association générale des étudiants de Paris. Ces associations vont se développer avec le soutien des autorités universitaires et locales, qui voient dans le développement des associations étudiantes un apprentissage des règles de la République, un cadre convivial évitant aux étudiant-e-s, isolés de leurs familles, de sombrer dans la dépression.

1907-1918 • De la fondation de l’UNEF à la sortie de la Première Guerre Mondiale

Le Congrès de Lille se déroule en mai 1907, à l’occasion de l’inauguration de la Maison des étudiants de Lille, dont l’Union lilloise des étudiants de l’État fait son siège. Est alors fondée l’Union nationale des associations générales d’étudiants de France (U.N.A.G.E.F.) que l’usage transforme rapidement en Union Nationale des Étudiants de France (UNEF).
Cette nouvelle Union Nationale assure plus la coordination des AGE qu’elle n’impulse une vraie politique nationale. Son rôle principal est l’organisation du Congrès national des étudiants qui formule des vœux à destination des pouvoirs publics. Les AGE qui siègent le plus souvent dans une «Maison des étudiants» offerte par les autorités municipales, offrent surtout des services aux étudiant-e-s, comme des bibliothèques, des salles d’escrimes, et une vie sociale riche. Elles organisent également des moments conviviaux comme des bals, tombolas ou des compétitions sportives. Les revendications passent souvent par le biais de monômes où l’esprit de canular n’empêche pas d’exprimer des attentes fortes. Les AGE participent aussi à la vie politique locale, quand des événements graves leur paraissent mettre en danger les intérêts des étudiant-e-s.
La première Guerre Mondiale vide les universités de leurs étudiant-e-s et enseignants. Les Associations générales sont elles aussi désertées. Elles survivent exsangues, grâce au dévouement d’étudiant-e-s réformés, ou trop jeunes pour être déjà mobilisés. Au sortir du conflit, les rangs des AGE sont décimés par les combats, et l’UNEF a perdu deux de ces anciens présidents. Le président élu en 1914, Jean Gérard de l’AGE de Nancy, convoque un Comité d’administration dès avril 1919, l’ensemble des AGE envoie des représentants. La démobilisation des étudiant-e-s anciens combattants n’est pas achevée, mais déjà les AGE sont confrontées à une situation à laquelle elle ne peuvent plus répondre, les difficultés de logement, de restauration et de santé sont telles qu’il apparaît nécessaire de porter une voix plus forte et plus efficace pour les étudiant-e-s.

À la sortie de la première Guerre Mondiale, les étudiant-e-s, toujours plus nombreux, se regroupent au sein de l’UNEF pour faire face à la crise des années 30 puis à la Seconde Guerre Mondiale.

« Des étudiant-e-s issu-e-s des classes moyennes arrivent sur les bancs des facultés. »

1919 – 1923 • Le Congrès de Strasbourg et ses suites

Le premier congrès d’après-guerre se tient à Strasbourg en novembre 1919. Le ton est plus grave qu’auparavant. La Guerre et ses conséquences sont encore dans les esprits. L’UNEF doit faire face aux besoins nouveaux des étudiant-e-s extrêmement nombreux à la sortie du conflit. Les AGE créent des restaurants pour les étudiant-e-s, mais sont confrontées aux difficultés de la gestion, et à la faiblesse de leurs moyens matériels. Ce congrès est aussi le premier congrès de la paix, et de nombreuses délégations d’étudiant-e-s venant des nations alliées sont présentes. L’UNEF propose la création de la Confédération internationale des étudiants.
En 1923, le congrès de Clermont décide la fondation du Sanatorium des étudiants de France (SEF). Cette œuvre ambitieuse va mobiliser l’UNEF les années suivantes. Une activité forcenée permet de réunir les premiers fonds, et la première pierre est posée en 1925. De nombreuses difficultés sur le chantier vont pourtant avoir raison de l’enthousiasme des débuts et à la fin des années 20, les travaux sont presque arrêtés.

1923 – 1939 • Les difficultés des années 20 et le renouveau du Front Populaire

Dans la deuxième partie des années 20, l’UNEF est confrontée à de nombreuses difficultés. L’Université connaît une croissance de ces effectifs, et des étudiant-e-s issus des classes moyennes arrivent sur les bancs des Facultés. Les œuvres pour les étudiant-e-s sont donc plus que jamais nécessaires, mais les AGE n’ont pas les moyens matériels de les faire vivre correctement. De plus, la volonté de soutenir les nouveaux publics étudiants est contestée en interne de l’UNEF avec par exemple l’AGE de Paris, dominée par les étudiant-e-s d’Action Française à partir de 1928 qui suscite des scissions et qui contestent violemment le bureau de l’UNEF.
La crise de 1929, qui touche la France à partir de 1933 calme les esprits. Face au chômage grandissant des jeunes diplômé-e-s, un ancien vice-président de l’UNEF, Alfred Rosier, fonde le Bureau Universitaire de Statistiques (BUS) pour rassembler la documentation nécessaire à l’insertion des étudiant-e-s. En arrivant au gouvernement, Jean Zay décide de prendre le problème du financement des Œuvres étudiantes à bras le corps. Le 18 juillet 1936, il crée le Comité Supérieur des Œuvres en faveur des étudiants (CSO) qui rassemble sous une seule autorité, et avec des moyens accrus l’ensemble des œuvres. L’UNEF se renforce, par l’intermédiaire d’un journal : « le Courrier de l’étudiant » illustre cette nouvelle vigueur.

1940 – 1945 • La Seconde Guerre Mondiale

C’est une UNEF plus forte que jamais qui affronte l’entrée en guerre de la France. Un Comité d’entraide en faveur des étudiant-e-s mobilisé-e-s se met en place. Après l’invasion de la France et sa division, l’UNEF est obligée de s’adapter à la nouvelle situation. Les étudiants déplacés ou réfugiés sont dans des situations très difficiles, et de nombreux étudiants restent prisonniers en Allemagne. Le secrétariat de l’UNEF se réfugie à l’AGE de Clermont-Ferrand, la plus proche du nouveau régime installé à Vichy. La direction de l’UNEF adopte un profil bas pour protéger les œuvres et évite la dissolution. Les AGE sont attentistes face aux événements, mais de nombreux membres de l’UNEF s’engagent dans la Résistance. Ainsi, les étudiant-e-s de Paris avec le soutien matériel de l’UNEF manifestent les premiers contre l’occupation allemande le 11 novembre 1940. L’AGE de Grenoble s’engage auprès des maquisard-e-s et le SEF cache des Résistants blessés.
À la Libération, l’UNEF tient un congrès extraordinaire à Paris en décembre 1944. Une commission d’épuration se met en place, trois membres de l’UNEF sont exclus. Mais la priorité est à continuer à défendre les intérêts matériels et moraux des étudiant-e-s, qui sortent de cinq ans de privations, et l’UNEF reste seule pour cela.

Dans une France en reconstruction, l’UNEF opère un tournant historique et se réorganise. Dix ans plus tard, en pleine guerre d’Algérie, elle prend ses responsabilités et organise la résistance française en faveur de l’indépendance.

La Charte de Grenoble et l’élan syndical (1946 – 1954)

Le profond courant de renouvellement de la société française, issu de la Résistance, touche aussi l’UNEF. Quand le congrès se réunit en avril 46 à Grenoble, les étudiant-e-s partisans du renouvellement de l’UNEF adoptent la Charte qui définit l’étudiant comme « un jeune travailleur intellectuel », et par là même ayant des droits et des devoirs comme jeune, comme travailleur-se et comme intellectuel-le.
En s’appuyant sur la Charte et un important travail de conviction auprès des pouvoirs publics, l’UNEF obtient la création du Régime étudiant de Sécurité Sociale et la création de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) en 1948. L’UNEF s’implique aussi au sein de l’Union internationale des étudiants (UIE), fondée en 1946 à Prague. Malgré les tensions de plus en plus vives entre communistes et occidentaux, l’UNEF essaye de maintenir l’unité du mouvement étudiant international.
En 1950, une nouvelle direction prend la tête de l’UNEF qui recentre sur les problèmes corporatifs des étudiant-e-s. Elle développe les œuvres avec la loi de 1955 sur la gestion des œuvres qui consacre la cogestion par les étudiant-e-s au sein du CNOUS.

La Guerre d’Algérie (1954 – 1962)

Au commencement du conflit algérien, l’UNEF refuse de prendre position et ne veut pas diviser le mouvement étudiant sur une question qui ne le concerne pas directement. Les étudiant-e-s de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) ont une position offensive sur cette question. La « Mino » se constitue alors peu à peu et pousse au dialogue entre l’UNEF et l’Union générale des étudiants musulmans d’Algérie (UGEMA) créée en 1955.
Les partisans de l’Algérie Française s’opposent à cette politique, mais au congrès de Strasbourg en avril 1956, l’UNEF décide de maintenir des liens syndicaux avec l’UGEMA, sans cautionner ses positions nationalistes. En juillet 1956, avec l’UGEMA, des membres de l’UNEF organise la conférence nationale étudiante pour la solution du problème algérien, qui reconnaît le fait national algérien.
Les étudiant-e-s restent indifférent-e-s au problème algérien jusqu’à la modification de la loi sur les sursis en 1959. L’UNEF devient l’organisation en pointe dans le combat pour l’autodétermination du peuple algérien. Elle organise un grand meeting le 27 octobre 1960 pour la Paix en Algérie et participe à la manifestation du 8 février 1962 qui finit par le drame de Charonne.

La dispersion progressive (1962 – 1971)

À partir de 1962, les générations du baby boom entrent à l’Université, alors même que la proportion de bacheliers est plus importantes que jamais dans ces générations. Au congrès de Djon en 1963, l’UNEF adopte la « ligne syndicale » et propose de mettre au cœur de la démarche de l’UNEF ce qui est commun à l’ensemble des étudiant-e-s : ses conditions de travail universitaire et sa place au sein de l’Université. En 1964, l’UNEF théorise la mise en place d’un Enseignement supérieur, instrument de la promotion sociale et d’une formation permettant une réactualisation des savoirs tout au long de la vie.

Mais les conditions sociales des étudiant-e-s se dégradent, en particulier les problèmes de logements. À la suite d’un mouvement des résidents universitaires en décembre 1963 qui font la grève des loyers, la Fédération des résidents universitaires de France (FRUF) se crée. En 1965, l’UNEF lance un mouvement de grève pour la mise en place de l’allocation d’étude qui paraît plus que jamais nécessaire.
Mais la même année, on assiste au début de la prolifération des groupuscules gauchistes. Mai 68 va faire exploser le fragile équilibre que constitue alors l’UNEF et malgré la forte présence de Jacques Sauvageot dans les événements, l’UNEF est assez absente. Cette absence, et le départ d’un certain nombre de groupes laissent l’UNEF exsangue au début de l’année 70.

Après l’agitation des années 70, deux UNEF cohabitent sur les facs. Les mouvements de 86 et 95 marqueront la nécessité d’une réunification qui verra enfin le jour en 2001.

La décennie 70 et le retour vers le syndicalisme (1971 – 1981)

La question de la participation aux élections instaurées par la Loi Faure en décembre 68 fait exploser l’UNEF. Le 10 janvier 1971, lors du collectif national, les Etudiants Socialistes Unifiés qui tenaient la direction de l’UNEF quittent la salle après avoir été mis en minorité. Les deux groupes restants : « Renouveau » proche des communistes, et « Unité Syndicale » proche des trotskistes-lambertistes ne parviennent pas à trouver un accord sur le fonctionnement de l’UNEF ni sur la participation. Deux congrès séparés ont lieu, celui de l’UNEF dite « US » qui garde la structure nationale en présence de la CFDT, de la FEN et de la CGT-FO, et celui de l’UNEF dite « Renouveau » qui rassemble la majorité des comités d’action de l’UNEF, en présence du SNESup, du SNES et de la CGT.
En 1976, un important mouvement a lieu contre les réformes proposées par Giscard d’Estaing. Ce mouvement donne lieu à la naissance des 1ères « coordinations » étudiantes qui rassemblent des étudiant-e-s syndiqué-e-s et non-syndiqué-e-s. Cette année, l’UNEF-US décide de participer aux élections des CROUS, mais l’UNEF-Renouveau conserve sa place de première organisation étudiante.
En 1980, à Nanterre l’UNEF–Indépendante et Démocratique naît par la fusion de l’UNEF-US et du Mouvement d’Action Syndicale. Elle est présidée par Jean-Christophe Cambadélis. L’UNEF-Renouveau adopte la ligne « Solidarité Étudiante », nom sous lequel elle présente ses listes aux élections.

Le mouvement contre Devaquet, une victoire du syndicalisme étudiant (1981 – 1995)

Après la loi Savary, l’UNEF-ID se présente aux élections universitaires et s’impose rapidement comme la deuxième force étudiante. En 1986, le nouveau gouvernement de Jacques Chirac veut abroger la loi Savary, et introduire une forme de sélection à l’Université. Les UNEF prennent la tête du plus grand mouvement étudiant depuis Mai 68, et font plier le gouvernement en trois semaines. Malheureusement, Malik Oussekine meurt de la violence policière.
Dans une Université qui accueille de plus en plus d’étudiant-e-s avec la volonté d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat, L’UNEF-ID cherche à s’orienter vers une nouvelle forme de syndicalisme qui prenne en compte la diversité des engagements étudiants. En 1993, la  proximité entre la direction de l’UNEF-ID et les gouvernements socialistes est fortement dénoncée par une partie de l’organisation renoue avec une orientation plus offensive, et plus proche du modèle syndical. Les difficultés internes affaiblissent l’UNEF-ID qui se retrouve deuxième organisation étudiante aux élections du Crous de 1994. À la même période, l’UNEF-SE renoue avec un modèle de syndicalisme plus revendicatif.

Le mouvement contre le CPE, le couronnement de l’UNEF réunie (1994 – 2007)

En 1994, une nouvelle équipe prend la tête de l’UNEF-ID et remet en avant la revendication de l’allocation d’études. Après le mouvement étudiant de 1995 dans lequel les deux UNEF prennent un rôle moteur, l’UNEF-ID voit de nombreuses revendications en matière de pédagogie et de contenus des enseignements satisfaites par la réforme Bayrou. Elle développe alors considérablement la formation des élu-e-s étudiant-e-s pour permettre un suivi au plus près des intérêts étudiants. En 1996, elle redevient la première organisation étudiante lors des élections aux CROUS. L’UNEF-SE ne reçoit pas de retombées à la hauteur de ses efforts dans la mobilisation de 1995, et la direction est de plus en plus contestée en interne par une opposition multiforme.
Le principal clivage est celui de la réunification de l’UNEF, que l’UNEF-ID met particulièrement en avant à partir de 1998. En 1999, une liste commune des deux UNEF est élaborée pour sauver la MNEF et le régime étudiant de sécurité sociale. En 2000, une liste commune se présente au CNESER et obtient la première place. Finalement, en juillet 2001, les deux UNEF fusionnent dans une nouvelle UNEF.