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Loi de santé publique : Marisol Touraine parle des jeunes mais elle ne les connait pas

La Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, Marisol Touraine, a présenté hier en conseil des ministres les mesures relatives au projet de loi de santé publique.

Une part importante du projet de loi concerne la santé des jeunes. L’UNEF se félicite que cet enjeu de santé publique soit au centre du débat, mais déplore la déconnexion entre les annonces de la ministre et la réalité des jeunes.

Généralisation du tiers-payant : et les étudiant-e-s ?

Parmi les mesures principales annoncées par la ministre figure la généralisation du tiers payant. C’est une annonce positive, quand on sait que les difficultés financières participent au taux anormalement élevé de renoncement aux soins chez les étudiant-e-s (34%). En revanche, le calendrier proposé pour l’application de la mesure n’est pas acceptable.

Avant une généralisation en 2017, Marisol Touraine propose une application du tiers-payant en 2015 pour les affilié-e-s bénéficiant de l’ACS (Aide à la Complémentaire Santé). Avec ce critère, la ministre pense peut-être cibler les publics précaires pour qui le tiers-payant est une urgence.

Mais le critère de l’ACS est complétement caduc quand il est appliqué aux étudiant-e-s. Le cumul de trois barrières réglementaires empêche les étudiant-e-s d’accéder à l’ACS : ils doivent justifier d’un logement indépendant – or, ce n’est pas le cas pour 41% d’entre elleux – de ne pas toucher de pension alimentaire de la famille – or, 73 % d’entre elleux déclarent que l’aide familiale est leur première source de revenu – d’une déclaration fiscale indépendante – 82 % n’en disposent pas. L’accumulation de ces barrières provoque un taux de non-recours à l’ACS de 98,7% !

Pour que les étudiant-e-s n’aient pas à attendre 2017 avant de bénéficier d’une mesure qui facilite l’accès aux soins, l’UNEF revendique que le statut de boursièr-e, qui concerne 650 000 étudiant-e-s, permette, au même titre que l’ACS, de bénéficier du tiers-payant dès 2015.

L’UNEF rappelle également que le reste à charge des étudiant-e-s, qu’il soit dû aux déremboursements de ces dernières années ou aux dépassements d’honoraires, reste la principale barrière financière à l’accès aux soins des étudiant-e-s.

Prévention contre l’alcoolisation massive : une réponse à côté de la plaque !

Le projet de loi prévoit un renforcement de la réglementation pour sanctionner les organisateurs de soirées d’alcoolisation massives dans le milieu étudiant. Le problème n’est pourtant pas l’ampleur de la réglementation.

Les organisations étudiantes qui organisent ces soirées à risques sont généralement agréées et même subventionnées par les établissements d’enseignement supérieur. La première réponse au problème se trouve donc dans la réaction des établissements. Ils font trop souvent mine d’ignorer les pratiques à risques et qui devraient mobiliser les outils déjà à leur disposition : retrait de l’agrément d’une association, fin des subventions, convocation du conseil de discipline…

La seconde réponse au problème se trouve dans les actions prévention auprès des étudiant-e-s, un sujet que Marisol Touraine fait passer à la trappe. Si des mesures de prévention existent déjà, elles sont trop souvent déléguées aux associations qui organisent elles-mêmes les soirées à risques, les rendant « juge et partie ». C’est par le développement des actions de prévention des mutuelles étudiantes, indépendantes expertes dans la prévention par les pair-e-s, que les pratiques à risques pourront durablement être endiguées.

La santé des jeunes doit passer par les jeunes 

D’autres sujets du projet de loi concernent les jeunes : lutte contre le tabagisme, éducation à la santé, prévention innovante… Sur chacun d’entre eux, la ministre aurait gagné à consulter les acteurs de terrain, les mutuelles étudiantes en premier lieu.

La réforme de notre système de santé pour qu’il réponde aux besoins des jeunes est une urgence, mais elle ne pourra pas se faire sans écouter les premiers concernés. L’UNEF proposera des amendements au projet de loi de santé publique et demande aux parlementaires et à la ministre de les prendre en compte.